Page annexe
 
Semis sans labour, une première à Royaumeix !
 

Pour certains agriculteurs de Royaumeix, l'année 2006 restera marquée par l'adoption de nouvelles techniques culturales. Faisant fi de l'apophtegme de Sully « Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée », ceux-ci abandonnent tout simplement... leur charrue ! Qui aurait cru dans les années 50 à Royaumeix que l'on pouvait cultiver sans labourer ?

Et pourtant, la culture sans labour n'est pas nouvelle. A ce propos, Francis Forest relève que « le principe du semis direct était déjà utilisé par les agriculteurs de l'Égypte ancienne... qui se servaient d'un bâton pour faire un simple trou dans le sol où la graine était placée à la main et recouverte au pied. Dans l'agriculture moderne des pays du Nord, c'est aux États-Unis que les premières tentatives de semis direct sans aucune préparation du sol ont vu le jour, dès la fin des années 1940 [...] Plus récemment, au début des années 1990, la nouvelle et la plus importante expansion du semis direct s'est faite dans les cerrados (savanes) du Brésil » (1). Et si quelques Royaumeixois découvrent – seulement – aujourd'hui ces techniques sans labour, sachons toutefois que bon nombre d'agriculteurs français les ont adoptées depuis longtemps ! Ainsi Gilles Thevenet, Directeur Scientifique de l’ITCF, estimait en 2001 que « le semis sans labour représente environ 30% des blés et près de 40% des colzas » (2).

Il faut dire que le semis direct – sur le chaume de la culture précédente – offre des avantages économiques certains. Ainsi, la réduction du nombre de passages permet une économie de carburant et de main-d'œuvre non négligeable. De plus, l'abandon durable de la charrue justifie une reconsidération à la baisse de la puissance de traction nécessaire sur l'exploitation.

Mais cette technique simplifiée présente surtout des atouts agronomiques et environnementaux indéniables. En limitant le travail du sol à la ligne de semis, elle concourt à l'accroissement de la matière organique, au maintien de la stabilité de la structure de la terre et des processus biologiques. Par ailleurs, la couche de résidus en surface contribue à conserver l'humidité. Enfin, en renonçant à labourer leurs terres, les agriculteurs de notre village œuvrent à la réduction du ruissellement et à la protection des sols contre l'érosion.

Notons cependant que la culture sans labour n'a pas que des avantages. Les résidus de culture (notamment les pailles et les restes de culture de maïs grain) sont plus difficiles à gérer. Par ailleurs, semer directement au travers un couvert végétal entraîne généralement une moindre maîtrise de la profondeur de semis. En outre, si les adventices sont assez bien contrôlées lorsque le sol est retourné régulièrement, avec l'abandon de la charrue à soc, leur gestion nécessite par contre la pulvérisation d'herbicides totaux (le Roundup en est un exemple) avec pour conséquence bien connue, une aggravation de la pollution des sols et des eaux ! Des aspects négatifs bien réels qui expliquent peut-être pourquoi le semis sans labour a du mal à progresser en France... même avec des outils de semis direct très performants !

 
Le semoir SD 3000 (Kuhn) par exemple, est spécialement adapté pour le semis direct (SD). Autrement dit – la photo ci-dessus en témoigne –, cet outil peut travailler en présence des nombreux débris végétaux consécutifs à la culture précédente. En l'occurrence, il s'agit de semer du blé sur un chaume de maïs (Photo Jacques Poinçot, 2006). A noter (pour le lecteur exigeant) que le SD 3000 a une largeur de travail de 3 mètres (18 à 20 rangs), une capacité de trémie de 2 000 litres, un système de distribution pneumatique et qu'il autorise une vitesse d'avancement moyenne de 12 km/h permettant d'ensemencer une surface de 3 ha en une heure !
 
________
1. Francis Forest, Semis direct et non labour, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, [http://agroecologie.cirad.fr], 25-8-05.
2. Gilles Thevenet, Cultiver sans labourer ?, [http://www.inra.fr/actualites/DOSSIERS/sol/labour03.html], 2001.
 
 
Réaction à l'article
 

Pierre Fabre :

Une page superbe ! J'ai déjà vu, il y environ un an, un reportage à la télé sur cette méthodologie qui, pour le moment, à priori, n'a pas encore beaucoup séduit. Si le rationalisme la fait avancer, je conserverai cependant une certaine nostalgie des champs bien labourés. Après la disparition de cette icône, ce serait un effondrement de l'imagerie paysanne qui partirait dans la corbeille de l'oubli. Ce sera pour d'autres générations un concept d'un autre temps qui, il faut le souligner, fit transpirer tant de nos aïeux... et leurs attelages. Amitiés paysannes.

 
 
© Claude Bouchot