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Le catéchisme du jeudi
 

Dans les années 50, outre les valeurs morales laïques que tous les instituteurs s’efforçaient – durant les premières minutes de la journée scolaire – d’inculquer dans le cœur de leurs élèves, les parents étaient généralement très soucieux de donner une éducation chrétienne à leurs rejetons.

Aussi, le jeudi (jour où il n'y avait pas d’école) était traditionnellement dévolu au catéchisme, qui concernait les enfants à partir de 7 ans. Un enseignement donné au presbytère par le curé lui-même – l’abbé François Reimbold – que j’ai eu comme catéchiste pendant deux ans seulement. On sait en effet que « son intransigeance religieuse provoqua son changement de paroisse en 1955 (1) ». Ce fut le dernier curé résident du village, le déclin des effectifs du clergé conduisant dans de nombreux diocèses au regroupement des paroisses rurales.

C’est pourquoi à compter de cette date, le curé résident de Ménil-la-Tour – l’abbé André Maîtresse qui exerça son ministère jusqu’en 1995 – fut appelé à desservir quatre paroisses regroupées : Ménil-la-Tour, Royaumeix, Andilly et Sanzey. Un remodelage obligé du maillage territorial de l'Eglise qui fut plus ou moins bien accepté par les paroissiens et qui, entre autres, obligea les enfants du secteur à se rendre – à pied – à la maison paroissiale de Ménil-la-Tour pour le catéchisme du jeudi matin.

Malgré ces nouvelles exigences dictées par la poursuite de notre formation religieuse, nous étions dans l’ensemble particulièrement motivés pour répondre à l’invitation du curé… et cela pour deux raisons principales.

Tout d’abord, la maison paroissiale, pour les enfants que nous étions, ressemblait plutôt à un palais enchanteur… que nous pouvions explorer librement avant la leçon de catéchisme. Il s’agissait d’une construction récente tout en béton, du jamais vu dans l’histoire des villages du Toulois ! C’était toute la fierté du curé qui en était le fondateur. Celui-ci désirait tout simplement – outre ses connaissances religieuses qu’il prodiguait à ses ouailles au cours de ses prêches hebdomadaires – leur apporter aussi un peu de divertissements culturels après leur semaine de labeur.

Ainsi, le dimanche après-midi, il permettait à tous – jeunes et adultes – de vivre le temps d'un film noir et blanc dans une véritable salle de cinéma, qui constituait en fait l’endroit le plus remarquable de sa maison paroissiale. Pour plus de précision, un lieu confortable (pour les années 50) équipé de plus de 200 fauteuils, disposant d’un espace surélevé servant de scène et d’un balcon doté quant à lui d'une cinquantaine de fauteuils en gradins surplombant la salle.

Durant l’entracte, certains (dont je faisais partie) n’hésitaient pas même à accéder à la cabine du projectionniste. Pour un gamin de mon âge, ce sanctuaire – en surélévation par rapport au balcon et séparé de celui-ci par un mur épais percé d’une minuscule fenêtre d'où jaillissait le faisceau d'images – était tout simplement… magique ! Mais le mot image n'inclut-il pas le mot magie ?

La deuxième raison motivant en partie notre déplacement à Ménil-la-Tour le jeudi matin n’était pas tant l’intérêt que nous portions aux histoires de Noé ou de Jonas que la soif de connaître la suite des aventures lunaires de Tintin à travers les projections de diapositives que l’abbé Maîtresse nous proposait volontiers en fin de matinée après avoir assuré ses deux heures de catéchèse ! Pour le bon curé, n’était-ce pas là, un moyen détourné pour capter, chaque semaine durant une demi-journée, la quasi-totalité des élèves des instituteurs des villages sus cités ?

Il est vrai que dans cette deuxième moitié de la décennie 50, alors que le dessinateur Hergé venait tout juste – en 1953 – de « déposer » Tintin et Milou sur la lune, j’étais comme la plupart de mes camarades de classe, passionné par la conquête spatiale… et pourtant, je n’avais pas encore lu, à ce moment-là, De la Terre à la Lune, le célèbre roman d'aventure et d'anticipation de Jules Verne (paru en 1865) !

Par contre, des leçons de « caté », mes souvenirs sont plutôt fragmentaires. Mais il faut souligner que le concile de Trente (1545-1563) a procuré à l’Eglise catholique une base doctrinale qui est restée grosso modo la même pendant quatre siècles… jusqu’à Vatican II (1962-1965) ! Le contenu – sous forme de questions et de réponses – de mon vieux catéchisme des années 50 reflétait donc encore l’enseignement tridentin. Un texte m’apparaissant remarquablement compliqué et mystérieux, qui n’était pas propice à mon initiation chrétienne.

Néanmoins, c’est grâce à la transmission de ces premiers éléments du christianisme – faisant hélas défaut à beaucoup d’enfants actuellement (2) – que j’ai pu m’enraciner (3) dans le terreau catholique lorrain... Certes, à cette époque, bien que la force du sentiment religieux fût nettement plus perceptible qu’aujourd’hui, la Bible était ignorée… ou fortement suspectée ! Il fallut attendre patiemment Vatican II pour que l’Eglise la rende (enfin) officiellement aux fidèles !

A ce propos, nous pouvons rappeler la publication par ce concile de la Constitution Dei Verbum sur la Révélation divine, premier document consacré à la Bible exprimant une réelle volonté de renforcer sa place dans la vie chrétienne : « Il faut que l’accès à la Sainte Ecriture soit largement ouvert aux fidèles du Christ. […] le saint Concile exhorte de façon insistante et spéciale tous les fidèles du Christ, et notamment les membres des ordres religieux, à acquérir par la lecture fréquente des divines Ecritures, la science éminente de Jésus-Christ (4). »

Notons d’autre part l’esprit d’ouverture œcuménique prôné par les réformateurs de Vatican II et leur invitation à une large collaboration entre catholiques et protestants particulièrement dans la traduction et la diffusion de la Bible (la Traduction Œcuménique de la Bible et La Bible Expliquée sont deux exemples éloquents de cette collaboration interconfessionnelle).

Enfin, et pour être plus dans notre sujet, remarquons que le dernier Catéchisme de l’Eglise catholique (approuvé par Jean-Paul II en 1992) recourt constamment à la Bible, ce qui constitue le trait le plus frappant de cette publication. Pour preuve, on peut lire dans l’introduction du compendium en question qu’ « un catéchisme doit présenter fidèlement et organiquement l’enseignement de l’Ecriture sainte », que le Catéchisme de l’Eglise catholique « est un exposé de la foi de l’Eglise et de la doctrine catholique, attestées ou éclairées par l’Ecriture sainte (5) ». Quel contraste avec mon « caté » de 1955 !

Bref, depuis Vatican II, les catholiques ont vraiment redécouvert la Bible comme source essentielle de vérité… et l’on peut s’en réjouir ! Avec cet accent mis sur l’importance des Ecritures, mais également sur la grâce divine unique source de salut et sur le retour du Christ, nous avons suffisamment de raisons de croire que l’Eglise romaine puisse espérer s’attirer les sympathies du monde chrétien non catholique.

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1. Gilbert Chénot, Monographie de Royaumeix, 2005, p. 76.
2. « Aujourd’hui, 70 % des enfants scolarisés en France ne sont pas catéchisés et beaucoup n’ont jamais entendu parler du Christ » affirmaient en juillet 2009 dans une déclaration commune les évêques d’Ile-de-France, donnée reprise par le journaliste Hugues-Olivier Dumez dans un article intitulé « Pourquoi ils inscrivent toujours leurs enfants au “caté“ », publié dans le journal  La Croix du 8 septembre 2012. Alors que 86 % des enfants fréquentaient le catéchisme en 1965 !
3. Un ancrage toutefois insuffisant qui par la suite me conduira à un ré-enracinement en creusant sous l'humus de la tradition… mais sans volonté de rupture par rapport à mon attachement d'origine, comme je le souligne par ailleurs dans un entretien avec le journaliste Paul Ohlott.
4. Dei Verbum, « Constitution dogmatique sur la Révélation divine », Concile Vatican II, Document promulgué le 18 novembre 1965, Site du Vatican, [En ligne] http://www.vatican.va/, (consulté en août 2012).
5. Jean-Paul II, « Constitution Apostolique Fidei depositum », Catéchisme de l’Eglise catholique, Paris : Mame / Plon, 1992, p. 7-8.

 
 
© Claude Bouchot