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La vie religieuse
 
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Enfant de chœur
 

Au temps de ma jeunesse, il n’était pas question de travailler le dimanche. En ce jour de repos hebdomadaire, le matin au tintement des cloches, tout le monde selon la coutume convergeait vers l’église du village pour assister à la grand-messe célébrée par le curé accompagné des enfants de chœur de service. Pour ces servants d’autel (comme on les nomme à présent), il s’agissait bien sûr d’un rendez-vous incontournable, tant ils prenaient au sérieux leur premier rôle en soutane !

Rappelons en passant les différentes fonctions assurées par les servants d’autel. C’est ainsi que l’on distingue traditionnellement « le cérémoniaire (son rôle est de gérer le bon déroulement de la messe […]), le thuriféraire (son rôle est de préparer et de s'occuper de l'encensoir avant et pendant la messe), le naviculaire (son rôle est de porter la navette), les acolytes (ils sont deux, et leur rôle et de servir plus directement à l'autel : apporter les burettes à l'autel, verser de l'eau sur les mains du célébrant lors de l'offertoire, sonner à l'élévation […]), les céroféraires (ils sont souvent par nombre pair, leur rôle est de porter les cierges), et le cruciféraire ou porte-croix (son rôle est de porter la croix de procession lors de l'entrée du clergé au chœur et lors de son retour à la sacristie) (1) ».

De la sorte, en qualité d’enfant de chœur, j’acceptais volontiers – avec d’autres « acolytes » du même âge – d’aider le desservant… non sans avoir revêtu la sacro-sainte soutane rouge, le surplis blanc et le camail rouge ! Les fonctions qui me revenaient le plus souvent étaient celles de cérémoniaire ou de thuriféraire dont, sans me vanter, je m’acquittais assez bien.

La messe en latin célébrée selon l'ancien rite tridentin faisait ainsi intervenir un certain nombre d'acteurs – prêtre, servants de messe et chorale – se partageant clairement les rôles. Quant aux fidèles rassemblés, ils avaient plutôt un rôle d'assistance, mais pouvaient cependant chanter – en latin – de tous leurs poumons (Kyrie, Gloria, Credo…) et suivre les textes liturgiques dans leur missel.

L’ordre de la célébration était toujours le même : Introït (chant d’entrée), Kyrie eleison (reste d’une ancienne litanie), Gloria (vieille hymne appelée aussi le cantique des anges), oraison-collecte, épître (texte de la messe du jour), graduel (bref texte chanté ou lu jadis entre les lectures de l’épître et de l’évangile), évangile (texte de la messe du jour), sermon en chaire, Credo (2), offertoire (chant de l’offrande, offrande du pain, préparation du calice, offrande du calice, lavement des mains, prière à la Sainte Trinité, Orate Fratres et secrète), grande prière consécratoire (comprenant la préface, le Sanctus et le canon de la messe), communion (comprenant notamment le Pater Noster et l’Agnus Dei) et action de grâces (chant de communion, Ite Missa est et bénédiction).

Le célébrant, acteur principal, avait le dos tourné à l'assemblée. En fait, il y avait deux assemblées : les hommes à droite et les femmes, la tête couverte, à gauche ! A la fin de cette grand-messe du dimanche, l'Ite, missa est était particulièrement bien « perçu » par la plupart des hommes qui – aussitôt – sortaient de l'église… et se ruaient vers le cabaret du village pour la traditionnelle partie de belote dominicale !

Cela dit, en voulant simplifier un cérémonial suranné, Vatican II a quelque peu dépoussiéré le rituel de la messe… au grand dam des traditionalistes ! Ainsi, le prêtre – qui par ailleurs n’est plus obligé de porter la soutane –  dit désormais la messe face aux fidèles, dans la langue locale et non plus en latin. Les enfants de chœur de jadis vêtus en « petits cardinaux » laissent à présent la place aux servants d'autel revêtus d’une aube ! Les rites et prières ont été significativement allégés. Bref, un rituel apparaissant simplifié et moins mystérieux que par le passé.

Pour autant, les réformes conciliaires de Vatican II n’ont pas empêché la chute continue de la pratique religieuse. C'est une évidence, les gens vont de moins en moins à la messe tandis que l’église locale perd son rôle structurant dans les rapports sociaux au sein des villages. « Il est incontestable [écrit l’historien René Rémond] qu’on assiste à un effondrement, à la disparition de pans entiers de la vie ecclésiale et même sociale, eu égard au rôle historique de l’Eglise. […] Autrefois, ceux qui n’allaient pas à la messe se savaient minoritaires et se sentaient marginaux. Nous vivons actuellement le phénomène inverse, dans un environnement qui a changé du tout au tout. L’adhésion à la foi et à ses conséquences revêt vraiment un caractère volontaire, qui implique souvent d’aller à contre-courant des sentiments dominants, de braver une indifférence générale (3). »

Oui, hélas aujourd'hui, dans notre société fortement sécularisée, l'engagement chrétien ne semble plus être un choix de vie pour la plupart de nos contemporains. De surcroît, il est bien triste de voir la méfiance que suscite le fait religieux et pire, d'observer le développement de la culture du mépris à l’encontre du christianisme… qui s’impose en fait depuis les années soixante !

Néanmoins, pour revenir à notre sujet, si à présent les enfants de chœur servent de moins en moins la messe, si on assiste à une décroissance rapide de l'observance dominicale, si pour finir l’ampleur du détachement religieux des populations est sans précédent dans notre pays, les croyants n'ont pas pour autant disparu. Tant s’en faut !

En effet, en y regardant de plus près, on constate en définitive que l'adhésion à la foi chrétienne, bien que celle-ci soit plus difficile depuis la sécularisation (4), n'est pas incompatible avec cette privatisation du religieux qui peut même favoriser le développement d'une foi plus profonde et plus personnelle, sans que pour autant elle soit un retour à la foi traditionnelle.

Ainsi, on assiste aujourd’hui à une individualisation de la religion et à une disjonction entre la croyance et l’appartenance confessionnelle. Dès lors, beaucoup de fidèles se définissent non pas tant comme membres d’une quelconque communauté ou institution, mais plutôt comme disciples du Christ. Cette individualisation du croire propre à notre société contemporaine amène même certains chrétiens à redéfinir leur identité croyante en revenant aux récits fondateurs du christianisme.

Contrairement donc à ce que l'on pourrait penser, le christianisme n'a pas failli, il a seulement été altéré. Il suffit de revenir à sa source pour retrouver la simplicité de l'Evangile !

 
Photo Jacques Bouchot

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1. L’encyclopédie libre Wikipédia, « Servant d'autel », [En ligne] http://www.wikipedia.org/ (consulté en en septembre 2012).
2. Pour l'anecdote, notons que dans les années 50, le Credo in unum Deum (Je crois en un seul Dieu) – texte proclamant l’essentiel de la foi et faisant partie intégrante de la messe – était chanté en latin. Mais ce qui était encore plus étonnant, alors que ce Credo traditionnel est normalement entonné par le célébrant, à Royaumeix, par contre, le curé déléguait volontiers cette tâche à l’un de ses paroissiens… et pas n’importe lequel puisqu'il s'agissait de Nicolas Chénot, maire du village de 1956 à 1977 ! Il existait donc au village à cette époque – reconnaissons-le en passant – une complicité exemplaire entre le curé et le maire… aux antipodes des querelles homériques de Don Camillo et de Peppone !
3. René Rémond, Le christianisme en accusation, Paris : Desclée de Brouwer, 2000, p. 70-71.
4. La sécularisation est généralement définie comme le retrait de la religion de l’espace public.

 
 
© Claude Bouchot