Commentaires de visiteurs
 

Bienvenue dans cet espace... qui est aussi le vôtre ! N’hésitez pas, chers lecteurs, à me faire part de vos remarques, critiques ou suggestions. Peut-être avez-vous aussi une précision à apporter à l’une ou l’autre de mes pages ou tout simplement un témoignage à partager ? Vos réactions constructives, vos commentaires pertinents contribuant à l’enrichissement de mon site, vos messages sympathiques, mais aussi vos écrits franchement contrariants seront publiés ici, l’anonymat étant respecté pour ceux qui le demandent.

 

René Ferré :

A propos de cette rubrique « courrier des lecteurs », je pense qu’elle est effectivement préférable à un livre d'or. Le livre d'or ne correspond qu'à une émotion passagère, spontanée certes mais qui n'exprime pas la réflexion approfondie, réfléchie. Et pour tout dire, je n'aime pas l'usage qu'en font certains pédants anonymes. Un livre d'or n'est pas un fourre-tout. Le courrier des lecteurs peut être la source de précisions sur des événements ou des aspects ignorés d'une même époque vécue par d'autres mais dans des milieux et sous des regards différents. Mais vous y avez pensé, sinon vous ne créeriez pas un courrier des lecteurs. Vous y trouverez aussi comme dans le livre d'or des états d'âmes, des réflexions d'atrabilaires ou d'esprits chagrins. Mais la quête peut être riche et constructive après un tri indispensable.

Cela dit, je suis allé visiter votre site Royaumeix, mon village et me suis régalé tant par le contenu que par le contenant (plus agréable que la version précédente). J’aime ce genre de récit, même au ras du sol, dénué de prétention littéraire mais si authentique. Récit auquel je m’identifie avec nostalgie. J’aimerais tant que le présent ressemble un peu au passé pour une qualité de vie que je crains à jamais disparue. Entre l’école et l’église, le tiroir aux souvenirs est souvent commun pour les enfants que nous étions en ce temps-là. J’ai retrouvé des senteurs d’un passé que je croyais bien enseveli et perdu dans ma mémoire.

 

Jean-François Cordet, ancien préfet de Meurthe-et-Moselle :

Mon chargé de communication a visité votre site personnalisé et m'a indiqué votre contribution à l'enrichissement de la connaissance du patrimoine local. Vous souhaitant lecture par de nombreux internautes. Salutations.

 

André Bouvot, instituteur à Royaumeix de 1933 à 1939 puis de 1945 à 1957 :

Un grand merci pour ces souvenirs d’enfance reflétant la vie à Royaumeix dans les années 50. Il m’est fort agréable quarante ans après mon départ de Royaumeix de revivre avec quelques-uns de mes anciens élèves fidèles et reconnaissants une période de vie totalement différente de l’actualité. J’ai apprécié ce retour à l’école de mes jeunes années d’enseignement, à Royaumeix, petit village vivant où il a fait bon vivre au sein d’une sympathique population et d’une multitude d’élèves studieux et travailleurs. Ce fut pour moi une jolie récompense de les voir munis du diplôme de ce temps qui avait alors une sérieuse valeur. Ce fut pour moi une grande satisfaction de voir quelques-uns poursuivre des études et toujours réussir.

Que de réminiscences de multiples familles, de leur vie souvent difficile et pénible ! Je revois ces anciennes familles qui ont assuré l’avenir du village aujourd’hui assez transformé et modernisé. Je les ai connues toutes… dont les Bouchot et les Poinçot, depuis les grands-parents, Ernest d’une part et le grand-père Bouchot d’autre part. J’ai eu la joie de travailler avec satisfaction durant deux générations de cette famille, celle de Renée, la maman, qui en juin 1934 (elle n’avait que 12 ans) se classait première du canton de Domèvre-en-Haye au Certificat d’Etudes et celle de ses enfants que j’ai eu le plaisir d’initier aux études. Je revis également la carrière de Simon, son mari que j’aimais côtoyer, sa vitalité, son endurance et son calme, sa foi, puis sa paisible retraite en un village de campagne, dont tous les habitants ont su reconnaître le mérite en tout temps de leur doyen aujourd’hui disparu. Aux enfants Bouchot qui se souviennent de leurs années de jeunesse, un grand merci pour leur témoignage, leur reconnaissance, ce qui me touche au fond du cœur, et à leur maman Renée, mon cordial souvenir.

Cela dit, je suis comblé lorsque je retrouve aujourd’hui ces anciens ayant fait leur vie. Quant à la période des années 50 évoquée ici, je la revis avec grand plaisir en cette année de mes 87 ans. A tous, cordialement toujours.

 

Jean Manauthon, instituteur à Royaumeix de 1958 à 1964 :

Tu as ressuscité par l’esprit ce que fut ton enfance dans un village lorrain et dans une maison affectée par l’O.N.F. à un de ses agents – en fait une ancienne gare désaffectée – à l’écart du village (tu as pris soin de souligner ce détail). Là, dans cette maison où continuait à passer « le train de l’imagination » pour toi et pour tes frères, tu as vécu une enfance heureuse, au sein d’une famille des plus honorables qui soient. Un père forestier connaissant bien son « triage », sachant abattre un chêne de belle façon, un père à qui ses enfants doivent amour et connaissance des arbres. Et une mère admirable, intelligente, une femme vertueuse, dévouée et estimée. Claude, dans tes pages, il y a beaucoup de tendresse, mais pas de nostalgie. On dit qu’on ne guérit jamais de son enfance. Ton écrit au contraire marque une sérénité, un détachement discret vis à vis de cette époque révolue. Mais le souvenir, lui, n’est jamais aboli. On peut le faire revivre. Tu as bien su traduire la bonne impression de ton enfance qui colore ta vie d’adulte dans une prose claire, simple, belle, que j’apprécie.

Après plusieurs années d’absence, je suis venu à Royaumeix. Certes, le village a changé. Nouvelles maisons, anciennes rénovées, intense circulation motorisée, mutations agricoles. Je considère ces faits banals parce que communs en tous pays. Donc pas d’étonnement. En revanche, j’ai porté mon intérêt sur les mentalités. J’ai constaté un clivage très net entre la population autochtone et les nouveaux venus, des citadins. Je n’aimerais pas que les uns et les autres polémiquent pour des questions subalternes ou mesquines. Mieux vaudrait développer la vie associative, élaborer des projets dans l’intérêt général. Royaumeix ne doit pas être un village dortoir, fait de deux populations distinctes, juxtaposées. Le village, demain, ce doit être les Anciens et les Nouveaux. La fusion harmonieuse que je souhaite prendra du temps à se réaliser. Espérons.

 

Donata :

Alors que l’actualité du monde laisse augurer d'un avenir peu prometteur, voire menaçant, l'auteur a sans doute raison de s’accrocher à ses souvenirs d’enfance, souvenirs d’un joli petit village, « d’un coin de paradis coloré et odorant » selon son expression. L’écrivain Johann Paul Friedrich Richter – mieux connu sous le pseudonyme de Jean Paul – n’a-t-il pas dit aussi que « le souvenir est le seul paradis dont nous ne puissions être expulsés » (Memory is the only paradise out of which we cannot be driven away) ?

Aujourd’hui, dans beaucoup de villages d’Europe, grâce à la modernisation, les familles sont devenues de plus en plus indépendantes et de fait, repliées sur elles-mêmes sans parler de la télévision qui a grandement contribué à faire passer l’espace de vie de l’extérieur à l’intérieur des maisons. Cette mutation a entraîné, hélas, un amoindrissement des valeurs d’autrefois tels que le partage des tâches, la solidarité, le civisme et même la joie de vivre des habitants.

Cela dit, tandis que depuis plusieurs décennies bon nombre de petites localités rurales souffrant de l’exode des jeunes sont peu à peu abandonnées, le village de Royaumeix, quant à lui, ne présente pas les signes du déclin… au contraire ! Ainsi, beaucoup de maisons anciennes rénovées avec goût redonnent du charme au village, pendant que d’autres non moins élégantes sont construites selon les normes actuelles. La population royaumeixoise semble à présent plus aisée et ouverte sur le monde. Bref, le village a l’air d’être apprécié par ses habitants… et ses visiteurs !

 

Martine Schoenstein, journaliste :

Au travers de ce site dédié à Royaumeix, Claude Bouchot dévoile sa vie passée dans le Toulois, « des souvenirs inhérents à la vie champêtre et quelques autres à la vie paroissiale ». L’occasion notamment de citer l’illustre Victor Hugo à propos d’un voyage dans le passé de ce village typiquement lorrain : « Le passé ne fait-il pas un peu partie du présent ? C’est du moins ce que pensait Victor Hugo lorsqu’il écrivait que ”le souvenir, c’est la présence invisible” ! » (L'Est Républicain, 25-9-09).

 

Elizabeth Rezer-Sandillon :

Dans les années 60 et 61, j'ai habité quelque temps chez ma grand-mère (Mme Laparu) à Royaumeix. Avec mes parents, nous venions de Sète et je me souviens encore de l'instituteur, M. Manauthon, qui me faisait lire pour le plaisir d'entendre mon accent du sud ! Je suis venue régulièrement à Royaumeix jusqu’en 1975. Je garde le souvenir des longues promenades dans les champs et dans les bois où nous trouvions des fraises sauvages. J'aimais l'odeur des étables où je filais dès les devoirs finis. C'était pour la petite méditerranéenne que j'étais, un monde merveilleux, notre voisine avait une patience fabuleuse et me supportait pendant qu'elle s'occupait des animaux. J'aimais entrer dans la cuisine à sa suite et retrouver la chaleur de la cuisinière qui brûlait jour et nuit... Souvenirs d'enfance, puis la vie m'a entraînée ailleurs, et c'est de nouveau au bord de l'eau que je vis (sur le Bassin d'Arcachon). Merci pour votre site qui a fait ressurgir des quantités de souvenirs qui dormaient dans un coin de ma mémoire, merci pour cette ballade dans le Royaumeix que j'ai connu. Amicalement.

 

Thierry Imart :

Quel plaisir de revoir le petit village de Royaumeix où j'ai passé de nombreuses années et où restent gravés d’innombrables souvenirs. Les photos sont très belles et je découvre avec beaucoup de surprises que rien n’a changé. Quel pas en arrière avec ces souvenirs... comme si c’était hier ! Je vous félicite et vous remercie de pouvoir nous faire revivre ces moments qui restent gravés à jamais. 

 

Carole :

Le net, que du bonheur ! Quel plaisir de revoir le petit village où j'ai passé mes vacances, mon enfance, chez mes grands-parents, Georgette et Mimile Stammeler. Et oui, je suis la fille de Daniel et Christiane ! Je suis passée à Royaumeix l'année dernière, mais très rapidement. Beaucoup de tristesse d'en repartir, d'ailleurs... que de souvenirs ! De plus, en rentrant, je découvre ce site, et là vraiment, c'est merveilleux ! Photos et commentaires, génial ! Merci d'avoir réalisé ce site très bien fait, grâce auquel je suis un peu tous les jours à Royaumeix. D'ailleurs, j'ai mis en fond d'écran sur mon ordinateur la photo de bienvenue présentant le village.

 

Pierre Fabre :

En attendant d'en connaître un peu plus sur un ami lorrain que je n'ai découvert que par l'extraordinaire qualité de son site, je voudrais te dire qu'après une « relecture » de tes superbes pages, j'ai retrouvé naturellement beaucoup de similitudes avec mon enfance paysanne, bien que la mienne fut probablement un peu plus rude. J'ai cru comprendre que la paysannerie, pour ta famille, était seulement dans le « cousinage ». A ce propos, je m'offre l'insolence d'apporter une timide objection à tes textes. La javeleuse était, certes, une faux mais aussi une moissonneuse ; c'est elle qui précéda la spectaculaire moissonneuse-lieuse, bien plus ancienne que nous, mais qui se vulgarisa seulement au XXe siècle. La séance du battage, qui perdure de nos jours seulement pour le folklore, dégageait aussi les graines impures destinées à la basse-cour et le reliquat des épis dénommé les « balles ». Ces balles servaient à l'alimentation des bovins en hiver. L'Est et le Sud-Ouest ont tout à la fois beaucoup de traditions différentes, mais tant de repères matriciels communs... ce que nous avons tendance à négliger. Je ne manquerai pas de soumettre tes pages à l'un de mes frères, instituteur honoraire, il appréciera certainement la richesse des récits teintée d'humour.

 

René Ferré :

La lecture de vos pages décrivant la vie paroissiale dans votre village de Royaumeix durant les années 50 m’a rappelé la pompe guindée et dérisoire attachée à certaines cérémonies religieuses. Je pense en particulier aux mariages et aux funérailles, des célébrations revêtant joie ou tristesse et ne recevant de l’officiant que réitération de gestes, de chants, un apparat bien rodé, fort loin de la simplicité de l’Eglise des apôtres. Que dire en particulier de la cérémonie d’obsèques lorsque le prêtre fait le tour du cercueil avec l’encensoir en psalmodiant des incantations à la manière d’un chaman ! Actes tout prêts relevant davantage d’une démarche de circonstance que d’une conduite biblique.

Cette gestuelle est tellement semblable aux rites idolâtres qu’on ne peut douter de l’emprunt au paganisme qui a survécu à vingt siècles de christianisme. Ce dernier a ainsi, dès les premiers siècles, assimilé des rites païens dans le but de les contrôler et il en résulte une mémoire archaïque de tradition, de superstition et de légende qui constitue une véritable mythologie sans aucune racine biblique. La Toussaint, Noël, la Chandeleur, Pâques, la saint Jean ont été ainsi récupérées et peu de chrétiens savent que ces fêtes ont pour lointain fondement le paganisme ! C’est très regrettable pour l’intégrité de l’Eglise d’avoir laissé perdurer ces fêtes et dommageable pour les fidèles qui sans le savoir, pratiquent un culte qui ne s’adresse pas à Dieu. Que l’Eglise apporte aux hommes le message de Christ, c’est son devoir mais qu’elle le fasse au profit de rites païens, c’est impardonnable. C’est peut-être de la bonne politique mais une pratique douteuse !

 

Michel :

Dans vos souvenirs d’enfance relatifs à vie religieuse, vous évoquez notamment quelques coutumes religieuses propres à la Semaine Sainte. Aussi, permettez-moi de partager avec vous cette petite réflexion concernant l’Exultet, un cantique liturgique (que vous connaissez certainement) incluant un passage particulièrement célèbre et assez choquant, le Felix culpa : « O heureuse faute qui nous a mérité un tel et un si grand Rédempteur ! » (O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem !). Dans les années 50 (mais encore aujourd’hui), cette hymne qui annonce la Résurrection du Christ était effectivement chantée le soir de la veillée pascale.

Si la faute originelle rendait nécessaire le plan divin du salut en vue du rachat de l'homme, si elle était au point de départ de ce plan, il est par contre difficile de comprendre que cette faute puisse être proclamée « heureuse » même en prenant toute la mesure de la grandeur du Rédempteur ! Bref, l'association des mots « heureuse » et « faute » me paraît, comme à vous sans doute, plutôt scandaleuse et nous n'irons pas jusqu'à chanter « O Felix Culpa » ! A noter pourtant que « cette hymne est également psalmodiée par les églises anglicanes et un certain nombre d'églises luthériennes » (Wikipedia).

Cela dit, je vous souhaite un excellent temps pascal dans la bienheureuse espérance !

 

Jean Manauthon, ancien inspecteur de l’Education nationale :

La lecture de ta page sur la laïcité m'amène à quelques réflexions. L’homme est un être pensant, toute sa dignité réside en sa pensée. C’est un individu unique : la biologie nous le prouve. La liberté est l’un de ses attributs fondamentaux. On peut priver un homme de sa liberté physique, sa liberté psychologique demeure. C’est parce que la liberté existe que les religions sont diverses. Elles peuvent donc être librement choisies, ou contestées, ou même refusées. Mais elles ne peuvent être imposées, ni être interdites. « Toujours les persécutions ont confirmé les religions » (dixit le philosophe Alain).

Cependant comme les hommes vivent ensemble, il est nécessaire qu’en dépit de leurs divergences ils puissent s’entendre sur ce que tous, quels qu’ils soient, admettent. Pour ce faire, la puissance publique, l’Etat, doit garantir à tous la liberté de croire et de pratiquer selon ce que chacun estime devoir faire. L’Etat ne peut contraindre, ni interdire. Il doit seulement veiller à la coexistence pacifique des religions. Il se doit d’être impartial. Il ne peut donc pas y avoir de religion d’Etat, les religions autres que la dominante dans ce cas seraient opprimées.

Je rappelle que ce sont les protestants français qui ont au XIXe siècle créé l’école laïque, neutre au point de vue confessionnel et ouverte à tous. L’épouse de Jules Ferry était protestante. Ferdinand Buisson, le véritable fondateur l’était aussi. Cette école de la Nation, de la République, devait nécessairement aboutir à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. On a certes reproché à cette école d’être l’école « sans Dieu ». Cette omission – qui n’est pas négation, afin de pouvoir accueillir tous les enfants – était remplacée par la leçon de morale matinale. Cette morale ne devait, en aucun cas, heurter la conscience d’un père de famille (cf. Lettre de Jules Ferry aux instituteurs). C’était la morale de l’époque convenant à tout honnête homme, quelles que puissent être ses croyances. J’ai personnellement connu cette école où politesse, probité, sociabilité, solidarité étaient règles de vie pour la communauté enfantine. Quant aux instituteurs (bien que parlant au masculin, je n’oublie pas les institutrices), ils étaient avant tout hommes de devoir. Dans la France rurale d’autrefois, ils étaient aussi hommes de progrès. Ne disait-on pas « maître » pour désigner le maître d’école ? Ainsi, l’enfant, à sa sortie de l’école, était doté de bonnes habitudes et de repères pour se bien conduire dans la vie.

J’ai eu le privilège d’exercer les fonctions d’inspecteur de l’Education nationale en Deux-Sèvres dans une contrée marquée par le protestantisme calviniste. Là, j’ai rencontré des serviteurs de l’école, des gens droits, stricts, exerçant leur métier d’éducateur comme un véritable sacerdoce. Evidemment, leurs ancêtres avaient souffert lors de la révocation [Nous savons en effet que suite à la révocation de l'Edit de Nantes en 1685 par Louis XIV, le protestantisme devenait interdit en France, seule la religion catholique était reconnue. Pendant un siècle (jusqu’à l’Edit de Versailles dit « de tolérance » signé par Louis XVI en 1787), sans que leur foi ne s’éteigne pour autant, les protestants résistèrent contre la répression et les persécutions, mais plus de 200 000 durent quitter le pays, NDLR]. Bien que mis à l’écart du royaume, obligés d’enterrer nuitamment leurs morts, le plus souvent dans leur jardin, ils avaient gardé leur foi. Ils lisaient leur Bible en cachette.

Claude, je te signale ce que j’ai constaté dans mes tournées d’inspection et mes entretiens, pour te dire tout l’intérêt que j’ai porté au protestantisme sur lequel je me suis documenté. Tu comprendras aussi pourquoi je reste attaché à l’école publique, laïque. Bien à toi.

 

Anne-Marie Hassoux :

De tout cœur, merci pour ce rappel de ce qui fit notre enfance et nous permit de grandir forts et heureux. Merci de ces émouvants souvenirs, tranche de vie justement remémorée ravivant ce feu paysan qui toujours nous habite et fait notre mémoire.

 

Julien Durand :

Je vous félicite pour votre site que je trouve très représentatif et d'une très grande justesse. Je tiens également a vous dire que votre témoignage est d'une grande valeur et qu'il est très riche d'enseignements pour « les jeunes » comme moi qui n'ont pas connu cette époque.

 

René Ferré :

Vos souvenirs d'enfance ont déverrouillé les tiroirs où étaient bien rangés les miens ! En remontant ainsi le temps – au fil des souvenirs – j'en ai croisé de bons et de moins bons jusqu'à ce que je m'arrête à un moment particulier de mon enfance. Pourquoi cet épisode-là ? Je ne le sais pas. Un moment d'une enfance heureuse, j'avais une douzaine d'années. Un quotidien fait de choses et de plaisirs simples. Il n'y avait pas de téléviseurs, ni ordinateurs, ni consoles de jeux électroniques. Nous avions des livres, des jouets moins sophistiqués. J'avais un Meccano, jeu désuet de nos jours mais combien passionnant. L'ordinaire journalier d'un enfant de mon époque paraît bien terne aujourd'hui. Il était principalement réservé à l'école ainsi qu'à des menus travaux d'aide à la maison, des devoirs et des jeux.

Des journées bien remplies. J'avais en outre pour mission de faire quelques courses en sortant de l'école. Mission dont je m'acquittais assez bien mais avec beaucoup de désinvolture et de curiosité pour le contenu de l'épicerie où j'allais chercher le lait journalier et une certaine attirance pour la fille de la maison ! Une petite brunette qui me donnait quelquefois des bonbons sur le compte du magasin. En toute innocence, la télévision n'avait pas pervertie notre pureté juvénile. Finalement, je ne sais plus si j'allais dans ce magasin pour la brunette aux bonbons, par obligation ou par l'attirance qu'exerçaient les choses et les odeurs banales et exotiques qu'elles recelaient. Je sens encore toutes ces odeurs mélangées, de café, de chocolat, de savon et de pétrole ! Senteurs des épiceries disparues nous rappelant nos leçons de géographie et particulièrement les pays où nous allions chercher les épices qui embaumaient ces boutiques. Je revoie aussi les clientes et les parlottes de connivence, des images d'un temps révolu. Le pain que je ne ramenais jamais entier à la maison, victime de ma gourmandise... et il était si bon ce pain doré, croustillant à souhait. Quant au goûter après l'école, une tartine de pain avec de la confiture ou une barre de chocolat, cela suffisait à notre bonheur. Maintenant, les goûters sont fabriqués en usines ! Ces souvenirs me semblent sortir d'un conte et inventés pour le récit.

Je me souviens aussi de l'école – bien différente de celle d'aujourd'hui – avec des enseignants qui n'étaient pas professeurs des écoles mais de simples instituteurs très dévoués à leurs turbulents élèves. Des instituteurs et institutrices qui jamais avares de leur temps me gardaient en retenue pour me faire travailler un peu plus… je n’étais pas un brillant sujet ! Ces fameux hussards de la République ont inculqué à de nombreux vauriens comme moi des valeurs solides qui peuvent paraître désuètes, mais qui ont façonné des individus équilibrés, intègres et respectueux. Des maîtres d'école qui nous apprenaient aussi la responsabilité en nous faisant faire des petits travaux collectifs, remplir les encriers, effacer le tableau ou distribuer les cahiers et qui ainsi nous ont entrouvert les portes d'un futur prometteur.

Et les jeudis ! Jours dévolus le matin au catéchisme et devoirs (pas trop) et l'après-midi, quel bonheur aux jeux. La salle de jeux était tout simplement le village et ses environs proches. Nous étions assez nombreux pour organiser des jeux de groupe sur un espace sans limites. La guerre n'était pas si lointaine et nous entendions encore des récits de combats que nous imitions. Mais nous ne jouions pas seulement à la guerre et avions assez d'imagination pour trouver d'autres jeux. Des jeux inspirés par nos lectures, Robinson Crusoé, Robin des Bois...

Notre société était bien différente et en particulier l'environnement familial. Il est de nos jours l'un des principaux facteurs d'échec scolaire et civique. L'absence d'autorité morale et de responsabilités, des enfants sans repères civiques et moraux livrés à eux-mêmes, personne pour diriger leur trop plein d'énergie, personne à qui ouvrir son cœur ou épancher un gros chagrin, la famille (hélas, souvent déstructurée) remplacée par des consoles de jeux ! Une partie des problèmes de nos jeunes actuels est dans cet inventaire. Et combien d'autres méfaits de notre société moderne pourraient s'ajouter à cette liste !

Pourtant dans les années cinquante, notre civilisation renfermait toute l’espérance de l’humanité ! Je ne comprends pas comment – en une soixante-dizaine d’années – nous avons pu sombrer dans cette tourmente de haine et de violence. C’est la loi du plus fort, des tricheurs, de l’argent-roi. En moins d’un siècle, par égoïsme et avidité, nous avons épuisé ou presque les réserves naturelles en ruinant les économies locales. Le bilan de toutes ces années est un constat d’échec universel. Notre société est bien malade… et le pire n’est pas encore arrivé !

 

Jean Manauthon, ancien inspecteur de l’Education nationale :

Quittons l'école laïque d'autrefois… pour celle d’aujourd’hui ! Le monde a bien changé, surtout pendant la seconde moitié du XIXe siècle. L’école et ses maîtres ont aussi changé. Avec les media, l’enseignement doit désormais compter avec l’école dite parallèle. Les enfants naguère condamnés à écouter l’adulte (la parole magistrale) sont aujourd’hui libres de s’exprimer. Quant aux adolescents, les études prolongées, la majorité civique avancée, l’égalité des sexes effective, la sexualité libérée de ses tabous leur confèrent plus tôt qu’autrefois un comportement d’adulte. Ce qui caractérise l’enseignement dans les écoles élémentaires et dans le second degré (collèges et lycées), ce sont des relations nouvelles en rupture avec celles d’autrefois. Dans le meilleur des cas – je sais bien qu’il y a des exceptions – les relations enseignants et enseignés sont confiantes. Mais une question demeure : que faut-il enseigner aux enfants et adolescents ? Nous sommes tous responsables de ce que sera demain. C’est un grave problème que je n’aborde pas, mais auquel je pense.

Revenons à l’école élémentaire. Aujourd’hui, bon nombre d’écoles rurales ont disparu. En revanche, dans les grandes villes et leurs banlieues, nous avons des groupes scolaires à plusieurs classes scolarisant une population très diverse : nationalité, couleur de peau, croyances – en fait, celles de leurs parents – mais aussi des enfants de familles monoparentales, de familles composées, de parents séparés, des enfants de chômeurs, parfois même dont le père est interné. J’ajoute pour être complet le cas d’enfants immigrés de fraîche date et pour lesquels l’apprentissage du français est prioritaire. La tâche de l’éducateur est difficile, très délicate.

A présent, ce que l’école doit viser c’est de faire cohabiter tous ces enfants divers que je viens d’évoquer. Apprendre à vivre ensemble, à jouer ensemble, à s’instruire ensemble en laissant de côté ce qui sépare. Accueillir l’immigré est un devoir, l’aider, ne pas le rejeter, ni le mépriser. L’école a la charge d’enseigner la fraternité et de la faire pratiquer dans l’enceinte scolaire.

Quant à l’enseignement religieux, a-t-il sa place à l’école ? Je suis persuadé qu’une explication des trois religions monothéistes : judaïsme, islam, christianisme (ce dernier dans sa diversité) pourrait faciliter une meilleure compréhension de l’histoire aux élèves du second degré. Le professeur de lettres, lui aussi, pourrait mieux expliquer Pascal aux élèves qui auraient entendu parler du problème de la grâce et du jansénisme. Mais la question de l’enseignement religieux à l’école est d’une autre nature et transcende l’adjuvant pédagogique et culturel que je viens de citer. L’enseignement religieux n’a de place qu’en dehors de l’école. L’enseignement religieux à l’école ? C’est un brûlot qu’il convient de ne pas attiser.

[Il est intéressant d'observer au passage que l'auteur de ce commentaire hautement autorisé fait bien la différence entre un enseignement religieux et l'enseignement du fait religieux dans l'école laïque. Nous ne pouvons que saluer ses propos inspirés écrits le 10-11-98 qui anticipent l’amendement – adopté en février 2005 par l'Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi d'orientation pour l'avenir de l'école – inscrivant l'enseignement du fait religieux au titre des orientations générales de l'école. Plus précisément, pour le député-maire (apparenté communiste) Jean-Pierre Brard, à l'initiative de l'amendement en question, « c'est en vertu du principe même de la laïcité que nous avons obligation d'apprendre le fait religieux … Nous devons enseigner l'histoire des religions d'une manière objective, scientifique, rationnelle et non pas confessionnelle. Apprendre une chronologie, des dates, la signification des faits de telle ou telle religion, le sens des fêtes de l'Aïd El Kebir, de l'Ascension ou de Pessah ne relève pas du culte mais de la culture » (Jean-Pierre Brard, Assemblée nationale, 18-2-2005), NDLR].

Enfin, je ne veux pas voir une école avec des enfants portant ostensiblement qui une croix, une kippa ou un foulard. L’école doit pouvoir accueillir tout le monde. Aucun symbole religieux ou emblème idéologique ne doit y être introduit. Ainsi l’école, par le brassage qu’elle opère et par l’usage d’une langue commune, contribue à favoriser une rapide intégration. La tolérance plutôt que l’exclusion, la fraternité plutôt que la haine, telles sont pour bon nombre d’écoles urbaines les valeurs à promouvoir.

 
© Claude Bouchot