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La vie champêtre
 
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A l’école du village
 

A priori banal pour les adultes, cet espace que j’ai fréquenté de 6 à 14 ans était, comme pour la plupart de ceux de mon âge, parmi les plus quotidiens. De cette petite école de Royaumeix, le premier repère de mémoire est sans aucun doute « le marronnier » qui restera pour moi l’emblème de cet univers scolaire. Un arbre certes, qui n’a pas la noblesse du chêne ou du hêtre mais qui, pour un enfant, devient très vite familier et sécurisant. Du moins – permettez-moi cette petite histoire – c’est ce que j’ai toujours pensé jusqu’au jour (20-5-97) où, attendant tranquillement ma femme dans la voiture sous un marronnier centenaire, ce dernier, subitement, se délesta de 300 kilos de branches qui s’écrasèrent à moins de 10 cm de ma portière gauche, seul un éclat de quelques dizaines de grammes tomba sur le capot du moteur !

Après cette parenthèse fracassante, revenons à l’arbre de mon enfance. Par les fenêtres surélevées de la salle de classe, on pouvait voir les énormes branches de ces marronniers qui ombrageaient la cour de l’école. Toutes les récréations se passaient sous leurs abondantes frondaisons. Par ailleurs, pour illustrer les premières leçons de calcul, le maître d’école, André Bouvot, alignait au bas du tableau... des marrons et des faisceaux de dix pétioles de feuilles de marronnier ! Après quoi, en cours de dessin, ces dernières constituaient pour chaque élève, le premier modèle à reproduire sur papier. Et le soir après l’école, devant la maison forestière où mes parents habitaient à cette époque, je retrouvais avec joie... mon marronnier personnel dans lequel j’avais construit, à trois mètres de haut, une cabane imprenable !

 

Les grands marronniers qui ombrageaient la cour de récréation n’existent plus – ceux-ci ont été abattus en 1990 –, le monument aux morts a pris du recul, mais la petite école subsiste en affichant toujours fièrement sa silhouette harmonieuse (Photo Jacques Bouchot).

 

Une autre essence non moins rustique que le marronnier faisait aussi partie intégrante de la vie scolaire. Je veux parler du noisetier. Outils indispensables du maître d’école, les longues baguettes de noisetier lui servaient à signaler le texte au tableau mais également et surtout à corriger les élèves rétifs ou paresseux. Ainsi, ces baguettes s’usant très vite, l’instituteur n’hésitait pas à solliciter régulièrement le garde forestier, fournisseur officiel de noisetier qui, croyant participer à une action en partenariat de « prévention de la délinquance juvénile », honorait volontiers ses demandes. En l’occurrence, les enfants de ce dernier offraient leur entremise dans cette « affaire » et se chargeaient même de la livraison du précieux bois.

Cela dit, nous avions remarqué à cette époque que le maître d’école ne cassait quasiment jamais de noisetier sur le dos des fils du garde forestier ! Elèves studieux et sages ou... bénéficiant tout simplement d’une certaine complaisance consécutive à la complicité existant entre les deux fonctionnaires du village ? Au bout de 60 ans de recherches et de réflexion, je n’ai pas encore réussi à identifier la véritable raison de ce privilège !

 
 
© Claude Bouchot