Royaumeix dans les années 50
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A la vigne

Quand la vigne n’avait pas gelé en hiver, ce qui était assez rare, les vendanges suivaient la récolte des mirabelles. Dans les années 50, presque tous les habitants de Royaumeix dont mes parents, cultivaient leur lopin de vigne et élaboraient eux-mêmes leur vin selon des méthodes de vinification très empiriques. Ainsi, deux semaines avant les vendanges, mon père sortait sur « l’aire de jeux », les deux cuves de bois cylindriques destinées à la fermentation du raisin afin de contrôler leur étanchéité. Un événement que nous ne manquions pas, mes frères et moi, de saluer ostensiblement. Quelle joie en effet de rouler ces énormes tonneaux surtout lorsqu’un jeune casse-cou avait pris place à l’intérieur ! Le premier jour des vendanges qui signifiait aussi pour nous le retrait de cette attraction arrivait donc toujours trop vite !

La cueillette des raisins était encore une opération commune qui se déroulait dans une ambiance enjouée et colorée. Une fois détachés des ceps par une multitude de mains, les raisins étaient recueillis dans des seaux puis versés dans des tendelins (hottes de vendangeur) avant d’être acheminés dans les fameuses cuves de fermentation. Ensuite, mon père enfilait ses grandes bottes noires (après les avoir nettoyées !) et sautait dans la première cuve pour fouler le raisin avec les pieds. On remarquera au passage « l’évolution technologique » par rapport au foulage digne d’un passé plus lointain, réalisé pieds nus au son d’un accordéon ou d’un violon ! Mais malgré les innovations et tout l’art que le vinificateur pouvait apporter dans le devenir de son vin, ce dernier, issu généralement de récoltes de qualité médiocre, était souvent défectueux !

Aujourd’hui, il n’y a plus de vignes sur le territoire (1) de Royaumeix et les anciens viticulteurs ne semblent pas le regretter car ils se souviennent trop bien de la longue liste de travaux qu’exigeait cette culture, pour une récolte fort aléatoire dépendant essentiellement du climat, du sol et du choix des cépages. Ah, si nos ancêtres avaient écouté le sage conseil de l’agronome Olivier de Serres : « L’air, la terre et le complant font le fondement du vignoble (2) » !

En contrepartie, mon père avait plus de chance dans la culture de la pomme de terre. Heureusement car cet excellent légume était vital pour la famille, tout comme pour la basse-cour d’ailleurs, nous en avons déjà fait allusion. Dans le village, la récolte des pommes de terre avec celles des betteraves fourragères faisaient partie des derniers gros travaux extérieurs avant les premières gelées.


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1. Alors que « pour 10 ha cultivés en 1836, on a produit 600 hectolitres de vin et 10 hectolitres d'eau-de-vie ! En arrachant sa vigne en 1989, Jacques Lebel mis fin à une culture pratiquée à Royaumeix depuis l'occupation romaine probablement » (Gilbert Chénot, Monographie de Royaumeix, 2005, p. 103).
2. Olivier de Serres, Le Theatre d'agriculture et mesnage des champs, Lyon : Antoine Beaujollin, 1675, p.130.

 

© Claude Bouchot