Royaumeix dans les années 50
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La vie champêtre
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Dans la cuisine familiale

Durant la mauvaise saison aussitôt la tombée de la nuit, l’espace de vie se réduisait souvent à celui de la cuisine. C’est dans cette pièce principale que, mes frères et moi, nous rédigions le soir nos devoirs scolaires. Comme nous n’étions pas tous les jours volontaires pour aller chercher le lait à la ferme voisine, c’était souvent notre mère qui était de corvée avant le dîner. Il faut dire qu’il s’agissait pour elle du seul moment de « repos » de la journée durant lequel elle pouvait un peu bavarder avec la laitière. De plus, sur le chemin non éclairé du retour (notre maison se situant à la périphérie du village), elle au moins n’avait pas peur des chouettes qui chuintaient dans les gros marronniers noirs entourant le château du comte de Brancion !

Et pendant ce temps, la cuisine se transformait rapidement en salle de jeux. Les chaises alignées les unes derrière les autres autour de la table simulaient un petit train, objet d’un spectacle animé mais non extraordinaire puisque la maison forestière dans laquelle nous vivions était une jolie petite gare désaffectée ! Le poste de chauffeur de la locomotive à vapeur était attribué, après concours, à celui d’entre-nous qui faisait siffler le plus bruyamment sa machine. Les autres, munis de leurs bagages, se contentaient de monter dans les wagons en qualité de simples voyageurs.

Tandis que notre père, imperturbable, l’oreille collée au haut-parleur de son poste de radio à lampes, tentait – dans ce brouhaha – d'écouter les informations de 19 heures sur radio-Luxembourg... et que Tinou, le chat de la maison, douillettement enroulé dans un képi vert orné du logo de l’Administration des Eaux et Forêts, n’en finissait pas de ronronner ! En général, notre mère, « sentant de loin la fumée âcre de la locomotive », rentrait à la « gare » avec son pot de lait juste avant que le chauffeur, enivré par la vitesse, ne fasse dérailler son train en poussant rageusement sur la manette de la vapeur ! Ouf, sauvés encore une fois !

La maison forestière dans laquelle nous vivions était une jolie petite gare désaffectée (Photo Michel Bouchot)
 
Dans les années 50, en hiver, la neige recouvrait souvent le territoire de Royaumeix (Photo Jacques Poinçot). Les anciens se souviennent notamment de la vague de froid historique de février 1956, exceptionnelle tant par son intensité que par sa durée. En effet, du 1er au 27 février, les températures minimales sont restées inférieures à -15°C pendant 15 jours dans le Nord-Est, ce qui place février 1956 comme le plus froid depuis le début du XXe siècle en France (Source : METEO France).

 

© Claude Bouchot